Est-ce l'islam le responsable de la décadence de pays musulmans ?
Ecrit par Nabil Nabil, le 14-04-2009 12:26
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Auteur: sweltane
Date: le 04 octobre 2007 à 06h41

Un certain nombre de personnes se plaisent à montrer du doigt l'actuel état de décadence intellectuelle et sociale de pays majoritairement musulmans (et surtout, parmi eux, de pays arabes) et à employer ensuite tous les raccourcis possibles et imaginables pour tenter de démontrer que l'islam et ses enseignements en sont les responsables : – l'attachement des pays musulmans à un livre, le Coran, et à la Sunna, les enseignements d'un homme ayant vécu il y a de cela quatorze siècles, serait la cause de leur décadence intellectuelle et sociale ; – leur croyance en un destin déjà tracé et voulu par Dieu expliquerait leur immobilité et leur passivité face à leur sort.

Il est vrai qu'on ne peut que faire le constat, concernant des pans entiers du public des pays musulmans, d'une stagnation intellectuelle ainsi que d'une sorte de léthargie et de passivité face à leur sort. Mais il n'est, à vrai dire, pas nouveau que des personnes essaient de présenter l'islam comme étant la cause de ces deux problèmes. A son époque déjà – le début du XXème siècle – Leopold Weiss (devenu ensuite Muhammad Asad) écrivait que les "opinions fausses sur l'islam" qui "prévalaient en Occident" "pouvaient être résumées ainsi : "Le déclin des musulmans est dû principalement à l'islam qui, loin d'être une idéologie religieuse comparable au christianisme ou au judaïsme, est plutôt un mélange impur de fanatisme d'hommes du désert, de sensualité grossière, de superstition et d'un fatalisme muet empêchant ses adhérents de participer au progrès de l'humanité vers des formes sociales plus élevées ; au lieu de libérer l'esprit humain des chaînes de l'obscurantisme, l'islam les a plutôt resserrées ; en conséquence, plus vite les peuples musulmans seront émancipés des croyances et des règles sociales de l'islam pour adopter le mode de vie de l'Occident, mieux cela vaudra pour eux-mêmes et pour le reste du monde…" " (Le chemin de la Mecque, p. 176).

Mais Asad répond : "Mes observations personnelles m'avaient maintenant persuadé que l'Occidental moyen se faisait de l'islam une image extrêmement déformée. Ce que je lisais dans les pages du Coran n'était pas une conception du monde "grossièrement matérialiste" mais au contraire une intense conscience de Dieu s'exprimant dans une acceptation rationnelle de toute la nature créée par Dieu ; c'était une synthèse harmonieuse de l'intellect et des besoins des sens, des impératifs spirituels et des nécessités sociales" (p. 176). Asad poursuit ainsi : "Il me devenait évident que la décadence des musulmans n'était due à aucune insuffisance de l'islam mais bien plutôt à leur propre incapacité à le vivre pleinement. En effet ce fut l'islam qui conduisit les musulmans des premiers âges à d'extraordinaires sommets culturels (…)" (p. 177). "Ce ne furent pas les musulmans qui ont fait la grandeur de l'islam, c'est l'islam qui a fait la grandeur des musulmans. Mais dès que leur foi devint routine et eut cessé d'être un programme de vie mis consciemment en pratique, l'élan créateur qui étayait leur civilisation déclina, laissant graduellement la place à l'indolence, à la stérilité et à la décadence culturelle" (p. 179).

L'acceptation du destin et l'attachement à des textes n'impliquent normalement pas l'acceptation passive du cours des choses et la stérilité intellectuelle. En effet, l'acceptation du destin empêche de se lamenter sur les choses du passé, ce qui d'ailleurs n'engendre que perte de temps et d'énergie ; elle n'empêche ni le désir de changement quant à la situation présente ni les projets quant à l'avenir. Et puis, à côté de la croyance en le destin (al-qadr), il y a aussi en islam le concept du jihâd : ce terme n'est pas synonyme d'une entreprise militaire mais, d'une façon plus générale, désigne l'effort à fournir pour se rapprocher de la justice sociale. "C'est cet acquiescement de l'esprit musulman devant l'immutabilité de l'événement passé, cette reconnaissance que tout ce qui est arrivé devait arriver de telle manière et non autrement, c'est cela qui est si souvent et si faussement interprété par les Occidentaux comme un "fatalisme" inhérent à la mentalité islamique. Mais en réalité l'acceptation [passive] du destin par un musulman se rapporte au passé et non à l'avenir. Ce n'est pas un refus d'agir, d'espérer et de progresser, mais bien un refus de regarder une réalité passée comme autre chose qu'un acte de Dieu" (Ibid., p. 148).

De même, l'attachement à des textes n'entraîne normalement pas non plus l'immobilisme et la stérilité intellectuelle, puisque ces textes eux-mêmes prévoient explicitement que des questions nouvelles verront le jour et nécessiteront des réponses tenant compte des principes des textes mais répondant à ces nouveautés.

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Publié dans : Blog, Tribune Libre
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Commentaires utilisateurs (1)
Posté par SoDz, le 17-04-2009 08:13,
1. no comment!
excellent article, merci neb !
 
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